Samedi 30 octobre 2010
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Par le hussard noir
Le député UMP Frédéric Reiss a remis le 29 septembre à Luc Chatel son rapport "quelle direction pour l’école du 21ème
siècle".
Huit propositions concluent un rapport qui débute par une critique forcément sévère de l’école primaire aux "résultats très préoccupants" et qui
laisserait partir 40% de jeunes "sans moyens pour réussir", rien moins. Pour y remédier, F Reiss, disciple zélé, manie gaillardement le Kärcher.
Pour commencer, on supprime carrément les écoles de village (10% des écoles françaises n’ont qu’une classe, c’est intolérable) et on rassemble tous
les enfants dans des RS (Regroupements Scolaires) sous convention avec les académies et les communes. Ca ne vous rappelle rien ? Le mot est nouveau mais l’idée ancienne, puisque c’est ni
plus ni moins que le projet d’EPEP qui avait suscité une levée de boucliers en 2008, ressorti des poubelles et grossièrement maquillé. F REISS s’en cache d’ailleurs à peine.
Mal consolé que le décret d’application des EPEP ne soit jamais paru, il revient à la charge avec l’EPP ou E2P (Etablissement Public du Primaire). Ca a
le goût de la concurrence, l’odeur de la flexibilité, la couleur du caporalisme mais il paraît que ce n’est pas un EPEP. On aurait donc un directeur entièrement déchargé, " leader
pédagogique " (en Allemand pedagogische Führer, en Italien Duce del pedagogia...), qui gère son budget, choisit les enseignants, embauche les EVS et fait marcher son monde au pas cadencé. Il
négocierait le " contrat pédagogique " avec, je vous le donne en mille, les collectivités locales ! Et les IEN n’auraient plus qu’à évaluer les enseignants en fonction des
indicateurs de performances. Rêvons un peu... " Bonjour Madame, vous avez dépassé les objectifs fixés par votre Caudillo pedagogico ? C’est très bien, je vous augmente d’un point. Au
revoir Madame. " Voilà, à peine caricaturé, à quoi ressemblera une inspection. Foin de pédagogie, de joie d’apprendre ou de respect de l’enfant.
Pas étonnant au fond puisque les enseignants sont dors et déjà notés sur les résultats des enfants, pardon des élèves, et que les projets d’écoles
doivent désormais fixer des objectifs chiffrés en terme de réussite aux évaluations nationales. On se demandait à quoi pouvaient bien servir ces évaluations mal fagotées qui n’apportent rien aux
enfants. Maintenant on le sait : elles servent à valoriser le capital humain des écoles. Comme à France Télécom, comme partout où se réalise le miracle de la commercialisation du monde, la
fin justifie les moyens.
Mais revenons à notre émule de Nabotléon, je m’égare, pardonnez moi. Plus fort encore, il propose de fusionner un EPP avec le collège qu’il alimente en
têtes blondes. Ainsi, en plaçant dès la maternelle les enfants au collège, ceux-ci s’adapteraient mieux au secondaire. Non, non, je ne plaisante pas ! Ca s’appellerait un
" établissement du socle commun ". C’est merveilleux non ?
Et notre DRH de l’Education Nationale, qu’en pense-t-il, lui de tout ça? Il est positivement ravi de ce rapport pondu sur mesure. Il va "mettre en
étude" certaines de ces propositions "en écho avec la préparation d’un plan numérique pour l’école, en relation avec la réflexion sur les rythmes scolaires ou en complément du plan de lutte
contre l’illettrisme". Il estime que "l’esprit général de ces propositions coïncide avec la méthode et les orientations choisies" par lui : "tenir compte des réalités", "mettre en valeur les
initiatives d’équipes", "responsabilité accrue pour les acteurs locaux".
Ici, les petites ambitions opportunistes piétinent d’impatience, les appétits de pouvoir de certains " acteurs locaux " s’aiguisent déjà à
l’idée que ce projet " globalement positif " voit le jour. Chacun aura compris ce qui nous attend si nous ne résistons pas.