Jeudi 25 juin 2009

Par le hussard noir

compte-rendu de la conférence de Philippe Meirieu au congrès des

rééducateurs de Saint Etienne le 19/06/2009


LES PARADOXES DU PROJET POLITIQUE GLOBAL ACTUEL :

1- Il est libéral et autoritaire (voire autoritariste) à la fois

 

 

.
Libéral dans le sens où « les vices privés font les vertus publiques »
(j'ai pas eu le temps de noter l'auteur). Cette vision libérale est la négation même de de l'instance politique comme lieu d'élaboration du bien public, négation aussi de l'idéal même du service public car seule la concurrence garantirait la qualité. Il ne peut pas en être de même pour nos enfants car ils ne sont pas des objets. On ne peut réduire l'éducation à la concurrence acharnée. Le libéralisme en éducation est la négation même de l'éducation car pour être

concurrents, les etablissements vont exclure et réprimer. Ce ne sont pas les bons lycées qui font les bons élèves mais l'inverse.

Le corollaire du libéralisme est l'augmentation des contrôles. Cela conduit à rabattre l'enseignement sur ce qui est techniquement évaluable. L'Etat ne garantit plus la qualité de l'éducation mais l'information des usagers pour que chacun trouve le meilleur pour soi. Donc nous serons de plus en plus libres et de plus en plus contrôlés sur nos résultats à court terme.


2- Il est individualiste et massifiant

C'est le triomphe des idées de Margaret T

 

hatcher: « il n'y a pas de société, il n'ya que des individus ». Sarkozy s'adresse à l'individu et le flatte. Il ne s'adresse pas au citoyen, à la personne capable de s'inscrire dans un collectif. Il n'est pas dans la confrontation des idées mais dans la séduction par un discours individualiste. Il faut l'analyser et tenir point par point face à ce discours.

Dans l'éducation nationale, on dérive vers une multiplication à l'infini des suivis individuels des élèves : AP, stages, PPRE, etc. Avec la disparition des RASED, on confie la remédiation à des  nonprofessionnels de la remédiation.La multiplicité des offres entraîne l'incompréhension des familles et l'opacification du lieu même de la classe comme lieu de l'apprendre Or, ce n'est pas en vidant la classe de son contenu pour brancher une multitude de dérivations complexes qu'on améliorera la perception du sens de leurs

apprentissages par les élèves.

Cf « la pédagogie du garçon de café » de D. Glassmann

 

( je ne suis pas sûre de l'orthographe) et le « refus » de certains élèves d'entendre les consignes et les réponses collectives, leur « demande » de consignes et réponses individuelles.

Cet individualisme n'est pas réservé à l'école. On donne à chacun individuellement et à l'infini une nourriture personnelle qui comble les besoins égoïstes et fait taire les revendications sociales.

Notre société ne s'intéresse pas au sujet mais à l'individu= celui qui exige pour ses besoins personnels. Le sujet, lui, s'inscrit dans un collectif où il trouve une place qui n'est pas toute la place, où il se donne des défis personnels et globaux.

La culture relie l'intime et l'universel. Exemple : les contes ont une fonction symbolique culturelle pour métaboliser les pulsions. Il est important de sortir de la massification indifférenciée pour se construire en tant que sujet.


3- Il est accusateur et désintégrateur

Les individus deviennent responsables de leur propre échec (chômeurs, fumeurs, obèses, etc.). C'est une des caractéristiques du capitalisme de produire des coupables et des accusés. Cette évolution touche aussi le système scolaire depuis l'instauration de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans et le collège unique car on a démocratisé l'accès à l'école sans démocratiser la réussite à l 'école. L'adolescent en grand échec (ou sa famille) se vit comme un coupable ou un malade. Ce n'est pas un hasard si la médecine, ou plutôt la pharmaceutique et sa consommation médicale, devient

si prégnante dans l'éducation nationale. C'est pourquoi l'utilisation de la métaphore médicale dans l'éducation devient dangereuse. Il y a un abus du terme « remédiation » consistant à décoder les symptômes qui comporteraient en eux même leurs remèdes. Il ne suffit pas de comprendre un symptôme pour y remédier. Sur le versant médical, il suffirait de diagnostiquer (

 

de l'hyperactivité par exemple?) pour prescrire ( de la « Ritaline »?). La prolifération des « dys »...(...lexie, phasie, praxie, orthographie, calculie...) vient de cette médicalisation à outrance. Il n'y aurait donc plus de pédagogie

mais une technocratie des remédiations. Or le pédagogue observe les difficultés et se demande ce qu'il pourrait créer, inventer pour dépasser les difficultés avec une panoplie méthodologique ouverte et inventive, diversifiée.

Cette logique est désintégratrice du sujet car elle ne le pense pas dans sa globalité mais le découpe. Or, aucun savoir ni aucune connaissance ne se résume à la seule accumulation de compétences même si c'est nécessaire. Ainsi, dans le cas de l'écrit, il faut accéder au projet d'écrire pour, par exemple, soulager notre mémoire en faisant des listes. Si on n'a pas intégré le projet d'écrire, les compétences sont vides de sens. En ce qui concene

les règles de l'écriture, il faut comprendre que les contraintes de la langue sont des ressources pour la pensée. Ainsi, ne pas faire de répétition dans un texte oblige à approfondir sa pensée.

Dans les programmes de 2008, on ne met pas l'accent sur le projet, on rabat le programme sur les compétences techniques, contrairement à la pédagogie qui travaille sur la construction du projet d'apprendre.


4- Il est pulsionnel et réifiant

cf B. Stiegler : nous arrivons au capitalisme pulsionnel où la pulsion est l'outil numéro un du fonctionnement social. « Fais ton caprice qui fait marcher le commerce » avec l'influence des médias et leur destruction systématique de l'appareil psychique juvénile. Cf les travaux de Meirieu avec Serge Tisseron, à paraître. Les enfants qui regardent les dessins animés de TF1 et M6 ne voient que des émissions sans récit mais pleines d'émotions. C'est identique sur

You Tube où on zappe en permanence en recherche de surenchère de l'effet, où on est incapable de penser. Il y a, par conséquent, un développement des pulsions mais elles nous inquiètent, donc nous contenons de plus en plus leur expression d'où : liberté absolue pour les marchands d'excitants et répression

absolue pour les excités à repérer (

 

dès le plus jeune âge?) et à traiter. Cf le test de Conners (qu'on peut trouver sur le site de Meirieu) que certains pédiatres ou neurologues demandent aux enseignants de faire passer pour dépister les troubles de l'attention et l'agressivité où tous les items sont négatifs.

Il s'agit de figer la lave. Attention à ne pas se laisser « bouc-émissariser » car les professeurs sont accusés de ne pas « tenir » les enfants.


5- Il est compassionnel et répressif

Compassion pour les victimes transformées en héros des médias et répression absolue. Pouvons nous résister aux influences qui s'exercent sur nous? Devons nous choisir entre Descartes (je veux donc je peux) d'une part, Freud et Bourdieu (je suis l'objet de pulsions et de déterminismes) d'autre part? Or l'éducation est toujours le travail par lequel l'autre s'impute ses propres actes.

Il existe une « voie du milieu » dans

 

 

l'écoute tripolaire proposée par Jacques Lévine (« souffrance(s?) d'école ») où on écoute trois positivités : le Moi accidenté , le Moi réactionnel et le Moi intact car derrière tout sujet psychologique accidenté il y a un sujet éthique intact. L'enfant qui rencontre des difficultés a besoin d'être compris comme accidenté mais ça ne suffit pas. On doit aussi, dans sa fonction, faire respecter les interdits fondateurs ( de l'ordre de l'humain, imposées par le « travailler ensemble »).

On doit valoriser le Moi dans ce qu'il a de meilleur et de possible. C'est une posture authentiquement éducative car on ne nie rien de ce qui fait grandir. Il faut un minimum de reconnaissance du Moi, s'appuyer sur les richesses.

Cet éducatif est désintégré par les politiques que nous subissons aujourd'hui. Or, l'individu + le consommateur + les compétences techniques, ça ne fait pas un sujet.

Le pédagogue traite le symptôme par des situations pédagogiques car il fait l'hypothèse que la situation va agir sur le symptôme. Il faut des rééducateurs car certains élèves réclament des situations particulières (le cadre rééducatif avec ses médiations, etc.) mais il ne faut pas confondre démarche thérapeutique que n'utilisent ni les enseignants ni les rééducateurs et effets thérapeutiques qui peuvent advenir sans démarche thérapeutique.

Publié dans : humeur - Communauté : défendre l'école pour tous - Ecrire un commentaire
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