L’école : un système en échec ?

Publié le par le hussard noir

Encore pompé sur l'excellent blog clermontois.

  Sommaire  

L’efficacité de l’école est sans cesse remise en cause. On parle d’échec massif, de taux d’élèves ne sachant pas lire effrayant, de chute vertigineuse des jeunes Français dans les évaluations internationalese, bref, d’un système à bout de souffle.

Ces affirmations sont porteuses d’audience dans les médias. A force d’être lues, entendues de façon unanime, elles deviennent des évidences. Ceux qui tentent de les remettre en question se voient taxer d’immobilisme et d’aveuglement.

L’urgence de réformer devient donc indiscutable. Un peu d’habilité de communication permet ensuite de balayer les questionnements qui voudraient remettre en cause les conséquences effectives des changements envisagés..

Nous nous sommes intéressés à l’évolution dans le temps de trois critères reflétant les niveau des jeunes quittant le système scolaire :

  • la part des jeunes d’une génération obtenant le bac ;
  • la part des jeunes d’une génération sortant de l’école sans qualification ;
  • la part des jeunes d’une génération ayant des difficultés en lecture et calcul aux journées d’appel de l’armée.

Ces chiffres permettent-ils de conclure à une chute catastrophique de l’efficacité de l’école ?

Justifient-ils le discours alarmiste ambiant ?

 Part des jeunes d’une génération obtenant le bac :
  1985 1995 2007
Bac Général 19,8% 37,4% 34,7%
Bac Technologique 9,6% 17,7% 16,8%
Bac Professionnel 0% 8,1% 12,8%
Total des bacheliers 29,4% 63,2% 64,3%

- données 1985 et 1995 : débat national un avenir pour l’école : http://www.debatnational.education....
- données 2007 : http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/N...

Remarques :

  • Le taux de réussite de 80% annoncé dans la presse correspond au taux de lycéens ayant obtenu leur bac.
  • On remarque que l’instauration du collège pour tous a été une réussite : les nombre de bacheliers par génération a plus que doublé !
  • On observe également une stabilisation de ce taux depuis 1995, avec un léger recul du bac général au profit des bacs professionnels : orientation à nouveau plus précoce vers des filières professionnelles.
  • Le nombre de bacheliers augmente, ce peut remettre en cause le niveau de prise en compte de leur diplôme par un employeur potentiel... même si le niveau de connaissance est équivalent. Mais cela mérite une analyse séparée.

Que deviennent les 35,7% de jeunes restants ?

 Part des jeunes d’une génération sortant de l’école sans qualification :
1975 2005
25% 6%

données : INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/docum...

Remarques :

  • Ce taux a été divisé par quatre depuis 30 ans, et continue de diminuer. Est-il juste, dans ces conditions, de parler de baisse massive du niveau ?
  • Il est tout de même important de s’interroger sur la persistance de 6% qui sortent sans qualification, et leur devenir.
 Part des jeunes d’une génération ayant des difficultés en lecture et calcul en 2005
% d’items Compr. Calcul Production Lecture Lecture
réussis orale   d’écrit de mots de textes
> à 80 % de réussite 63 32 95 86 81
entre 60% et 80 % 23 55 2 5 9
entre 40 % et 60 % 10 6 1 4 4
< 40 % de réussite 4 7 2 5 6
total 100% 100% 100% 100% 100%

Données : Evaluation aux journées d’appel 2005 : ministère de l’armée

Remarques :

  • 90% des jeunes d’une génération ne présentent pas de grosses difficultés en lecture de texte.
  • Ces taux sont constants depuis plusieurs années.
    • NB :Je n’ai pas réussi à trouver une synthèse sur l’évolution des ces résultats : il faut consulter année par année. Si quelqu’un a ça...
  • Si on cumule les jeunes ayant moins de 60% d’items réussis, il reste tout de même 10 % d’élèves en difficulté en lecture, 13 % d’élèves en difficulté en calcul. Ce sont surtout des garçons, de milieux défavorisés.
 En conclusion :

Oui, il reste des élèves en échec. Oui cet échec est souvent associé à d’importantes difficultés sociales. Oui, ce peut être un projet de société fort de traiter globalement ces difficultés, et améliorer la prévention.

Mais pourquoi dire que l’école ne fait rien ?

Les réformes actuelles s’accompagnent d’un discours catastrophistes. On prétend vouloir obtenir une réduction d’un tiers de l’échec, tout en programmant une réduction dramatique de moyens... Ce décalage entre le projet annoncé et les dispositions prises (suppression des RASED, remise en cause de la maternelle, remise en cause de la formation des maîtres, remise en cause des associations porteuses d’accompagnement éducatif...) est pour le moins étonnant.

En complément d’analyse, lire : André Ouzoulias : Chiffres de l’Ecole, une entreprise de manipulation


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