Voilà pourquoi nous gagnerons
Nous avons commencé à lutter tard car nous n’avons pas compris que le néolibéralisme n’est qu’accessoirement une pensée économique alors qu’il est avant tout un corpus philosophique et un discours très cohérents visant à façonner le monde et les consciences autour du concept de concurrence. Par les urnes, il est devenu la nouvelle raison du monde. Il impose brutalement ses normes, arrive avec de nouvelles armes et les utilise sans état d’âme ni retenue comme une personne qui peut enfin assouvir un appétit longtemps frustré.
La bataille des idées est donc momentanément perdue et la lutte frontale ne nous laisse pour le moment aucune chance.
Malgré cela, en un an seulement, notre collectif et tous les innombrables collectifs ont comblé ce retard. Nous avons fait la seule chose efficace que nous pouvions faire en partageant notre prise de conscience avec le plus grand nombre possible de citoyens et l’affluence aux Nuits des Ecoles dans la vallée de la Bruche parle d’elle-même ; nous avons réussi.
Pourtant, du simple point de vue de l’histoire, ce qui nous arrive n’est qu’une banale alternance démocratique et notre tour est venu de bénéficier du confort de l’opposition, tout simplement.
Au néolibéralisme maintenant de s’écorcher à l’exercice du pouvoir, de compter ses déserteurs, de trébucher sur ses erreurs, de s’affaiblir dans les compromissions et à nous de refonder notre pensée, de mettre au point notre discours et d’installer nos réseaux.
Bien sûr, le balancier n’est pas au bout de sa course et nous assisterons à d’autres saccages car l’adversaire est une idéologie dans la force de l’âge, totalisante, protéiforme et qui a prouvé qu’elle était capable de s’accommoder aussi bien d’une dictature communiste que d’une junte militaire. Mais nous sommes nombreux, nous le serons de plus en plus, nous ne sommes pas manchots et n’avons d’autre choix que de tenir.
Partout, les collectifs agissent comme autant de petites greffes sur une peau brûlée et tôt ou tard elles se rejoindront, faisant repartir le balancier dans l’autre sens.
Dans une démocratie, l’histoire n’est pas écrite à l’avance.
Qui peut imaginer une minute qu’un pouvoir qui sème ce qu’il appelle des réformes comme autant de mines anti-personnels dans une rizière, ne fasse pas tôt ou tard un faux pas fatal…
Alors laissons-le patauger dans sa rizière et allons au bout de notre mission. Nous gagnerons.
Brice, pour le collectif Sauvons l’Ecole Pour Tous