quand on veut noyer son chien...
Pour rendre fou quelqu'un, rien de tel qu'une bonne vieille double contrainte. Les psys de Palo Alto l'affirment et l'expérience le confirme. Imaginez un instant dire à votre enfant: "tu as cinq minutes pour apprendre ta poésie, ranger ta chambre et essuyer la vaisselle... Comment? tu n'as pas encore rangé ta chambre? Range-la immédiatement!... Quoi? Tu n'as pas essuyé la vaisselle? Quel paresseux! Et tu n'as même pas fait tes devoirs. Quel bon à rien tu es! Et arrête de pleurnicher..."
Vous en conviendrez, c'est affreux, cruel, du pur harcèlement moral. Jamais vous ne feriez une chose pareil à votre enfant car après quelques mois de ces mauvais traitements il se dévaloriserait, perdrait toute confiance en lui et déprimerait gravement.
Et pourtant, c'est précisément le traitement infligé aux enseignants depuis des années et actuellement de façon plus accrue encore. Sans que personne ne crie garde, les ministres successifs ont accumulé les réformes, empilé les nouvelles priorités sans jamais en retirer des précédentes.
Ainsi, tous les enfants doivent maîtriser l'informatique, la démarche scientique expérimentale mais aussi être de bon lecteurs, savoir écrire vite et bien, chanter la Marseillaise, manger équilibré, être sensibilisés au commerce équitable, au goût, à la presse, à la poésie et au réchauffement climatique.
Tous les enfants doivent réussir mais l'école doit produire des élites en "éliminant les médiocres". Tous les enfants devront savoir nager en 36 heures de piscine au lieu de 96 antérieurement puisque le ministre a décrété que c'était une priorité et que les objectifs seraient évalués.
Il faut que les enfants s'épanouissent à l'école en bouclant un programme de bourrin avec 36 heures de moins par an. 80% d'une classe d'âge doit avoir le bac mais sans dévaloriser les diplômes.
On interdit les foulards islamiques dans les écoles laîques mais en Alsace on trouve encore des croix dans les écoles de la République et on y enseigne obligatoirement la religion pendant une heure par semaine. Le Président de la République lui même place le curé au dessus de l'instit et signe un accord avec le Vatican pour que l'Etat reconnaisse les diplomes des universités catholiques: bientôt le Vatican pourra former les instits de l'école laïque (enfin ce qu'il en restera).
Pendant quelques années, la seule vérité scientifique proclamée, et malheur aux hérétiques et aux mécréants, c'est les maths modernes, puis la grammaire de Genouvrier, puis la lecture rapide, puis la PPO (pédagogie par objectifs), puis la différenciation pédagogique, puis l'ORLF (la grammaire, la conjugaison et les Bleds sont bannis des écoles), puis le socle commun...
Il faut faire des sorties sportives mais en respectant des règlementations qui les rendent impraticables; organiser des sorties culturelles onéreuses en gardant l'école gratuite...Même une girouette en perdrait le Nord.
Je ne vous parle même pas des parents-consommateurs, parfois incapables d'éduquer correctement leurs propres enfants, qui se scandalisent que la maîtresse ose gronder leur petit sauvageon de Wolgang-Amadéus, ne sache pas reconnaître en lui le génie qui sommeille et soit incapable d'imposer dans sa classe une discipline à l'ancienne.
Encore une chance qu'il y ait les enfants, sinon on ne saurait plus du tout ce qu'on vient faire à l'école. Je pourrais continuer encore longtemps cette liste de doubles contraintes mais ça ne servirait pas à grand chose. Les collègues qui me lisent savent tout ça depuis longtemps. On a appris a faire le dos rond et à obéir.
N'empêche qu'on peut quand même rêver... Rêver qu'un jour on échappe à cette quadrature du cercle permanente. Qu'enfin la société regarde ses contradictions en face et cesse de les faire assumer à sa place à l'école. Qu'enfin on nous dise ce que la Nation attend de son système éducatif. Qu'est-ce-qui est prioritaire pour de bon, au delà des effets d'annonce et de la visibilité en berne de tel ou tel ministre?
Est-ce-qu'enfin on va en débattre honnêtement et démocratiquement sans prendre les Français pour des veaux? Si l'on tient vraiment à l'école de la République, ça me semble nécessaire. Mais qui en aura le courage, ou le cynisme? Pour l'instant la méthode actuelle semble rester la meilleure. Pour mieux le noyer, accumuler les preuves que le chien à la rage: évaluations bidons, études internationales troquées, supprimer les RASED, injonctions contradictoires....
Vous en conviendrez, c'est affreux, cruel, du pur harcèlement moral. Jamais vous ne feriez une chose pareil à votre enfant car après quelques mois de ces mauvais traitements il se dévaloriserait, perdrait toute confiance en lui et déprimerait gravement.
Et pourtant, c'est précisément le traitement infligé aux enseignants depuis des années et actuellement de façon plus accrue encore. Sans que personne ne crie garde, les ministres successifs ont accumulé les réformes, empilé les nouvelles priorités sans jamais en retirer des précédentes.
Ainsi, tous les enfants doivent maîtriser l'informatique, la démarche scientique expérimentale mais aussi être de bon lecteurs, savoir écrire vite et bien, chanter la Marseillaise, manger équilibré, être sensibilisés au commerce équitable, au goût, à la presse, à la poésie et au réchauffement climatique.
Tous les enfants doivent réussir mais l'école doit produire des élites en "éliminant les médiocres". Tous les enfants devront savoir nager en 36 heures de piscine au lieu de 96 antérieurement puisque le ministre a décrété que c'était une priorité et que les objectifs seraient évalués.
Il faut que les enfants s'épanouissent à l'école en bouclant un programme de bourrin avec 36 heures de moins par an. 80% d'une classe d'âge doit avoir le bac mais sans dévaloriser les diplômes.
On interdit les foulards islamiques dans les écoles laîques mais en Alsace on trouve encore des croix dans les écoles de la République et on y enseigne obligatoirement la religion pendant une heure par semaine. Le Président de la République lui même place le curé au dessus de l'instit et signe un accord avec le Vatican pour que l'Etat reconnaisse les diplomes des universités catholiques: bientôt le Vatican pourra former les instits de l'école laïque (enfin ce qu'il en restera).
Pendant quelques années, la seule vérité scientifique proclamée, et malheur aux hérétiques et aux mécréants, c'est les maths modernes, puis la grammaire de Genouvrier, puis la lecture rapide, puis la PPO (pédagogie par objectifs), puis la différenciation pédagogique, puis l'ORLF (la grammaire, la conjugaison et les Bleds sont bannis des écoles), puis le socle commun...
Il faut faire des sorties sportives mais en respectant des règlementations qui les rendent impraticables; organiser des sorties culturelles onéreuses en gardant l'école gratuite...Même une girouette en perdrait le Nord.
Je ne vous parle même pas des parents-consommateurs, parfois incapables d'éduquer correctement leurs propres enfants, qui se scandalisent que la maîtresse ose gronder leur petit sauvageon de Wolgang-Amadéus, ne sache pas reconnaître en lui le génie qui sommeille et soit incapable d'imposer dans sa classe une discipline à l'ancienne.
Encore une chance qu'il y ait les enfants, sinon on ne saurait plus du tout ce qu'on vient faire à l'école. Je pourrais continuer encore longtemps cette liste de doubles contraintes mais ça ne servirait pas à grand chose. Les collègues qui me lisent savent tout ça depuis longtemps. On a appris a faire le dos rond et à obéir.
N'empêche qu'on peut quand même rêver... Rêver qu'un jour on échappe à cette quadrature du cercle permanente. Qu'enfin la société regarde ses contradictions en face et cesse de les faire assumer à sa place à l'école. Qu'enfin on nous dise ce que la Nation attend de son système éducatif. Qu'est-ce-qui est prioritaire pour de bon, au delà des effets d'annonce et de la visibilité en berne de tel ou tel ministre?
Est-ce-qu'enfin on va en débattre honnêtement et démocratiquement sans prendre les Français pour des veaux? Si l'on tient vraiment à l'école de la République, ça me semble nécessaire. Mais qui en aura le courage, ou le cynisme? Pour l'instant la méthode actuelle semble rester la meilleure. Pour mieux le noyer, accumuler les preuves que le chien à la rage: évaluations bidons, études internationales troquées, supprimer les RASED, injonctions contradictoires....
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