Parents du privé, soyez responsables (article de Libé)

Publié le par le hussard noir

Un collectif de «parents en colère» tempête depuis la rentrée contre le système d’affectation en lycée. Il veut que les élèves issus des collèges privés soient traités comme ceux issus du public. A priori, on peut y voir une revendication égalitaire, d’autant que le code de l’Education nationale annonce que les dossiers des élèves du privé et du public doivent être examinés par la même commission. Mais un minimum de décence demanderait un peu de discrétion dans cette revendication ! Avez-vous oublié, parents en colère, que vous avez quitté le collège public pour offrir un traitement différent à vos enfants ?

Ignorez-vous que la qualité d’un collège est en grande partie liée à la population qui le fréquente ? Ne savez-vous pas qu’en quittant le public, vous diminuez la mixité sociale de ces collèges et augmentez leur ghettoïsation ? N’avez-vous pas pensé qu’en fuyant ainsi, vous accélériez l’inégalité entre collégiens ? Chers parents, je crois que je vous connais bien. Vous avez le souci de vos enfants, vous voulez leur faciliter la tâche. Je vous connais bien car je vous ressemble un peu. Mais réfléchissons ! Est-ce grave de ne pas être nommé dans le lycée élitiste du centre-ville ou de l’arrondissement ? La réponse est non. Est-ce impossible de réussir de bonnes études dans le lycée lambda du quartier ? Encore non.

Ne peut-on transmettre à ses enfants l’idée que, quel que soit le lycée, la clé de la réussite est essentiellement dans leurs mains ? C’est indispensable pour qu’ils aient confiance en eux. A partir du moment où un choix a été fait, assumez-le et acceptez que ceux qui ont affronté la mixité sociale puissent être quelque peu prioritaires.

L’école de la nation n’est pas un supermarché où on ne prend que ce qu’on veut et on rejette ce qui ne plaît pas. Je ne suis pas contre le collège privé, il a sa place, il peut répondre à des besoins que l’Education nationale n’assure pas. Mais trop de familles se précipitent dans ces écoles sans vrai motif alors qu’une attitude citoyenne conduirait à s’engager dans le collège de quartier. Et cela sans remettre en cause la réussite de leur progéniture. Ne peut-on agir avec plus de discernement (dans l’écoute des rumeurs) et de solidarité ? Pourquoi ne pas essayer le collège de mauvaise réputation, le lycée moins bien fréquenté ? Pourquoi ne pas mesurer le risque et en prendre un peu ? Je m’étonne qu’on oublie les vertus de l’école publique : diversité des origines sociales et culturelles, leçon de vie offerte aux enfants. Mais plus que d’un oubli, peut-être s’agit-il d’un rejet.

Et la solidarité à l’égard de nos voisins ? Lorsqu’une ou deux familles quittent un établissement un peu fragile, elles mettent le doute dans l’esprit de ceux qui restent, et rendent plus difficile leur combat et la vie des copains qu’elles y laissent. Elargissons notre regard aux enfants des autres. C’est souvent dur, mais ceux qui restent ne sont pas perdants. Ils apprennent des choses qui ne sont pas dans les livres, la solidarité justement ! L’avenir se joue aussi dans l’école que nous laisserons à nos enfants. Alors, à bas la colère, et à vos lycées, citoyens !

Par ARMELLE NOUIS Proviseure dans Libération du 22/09/09

Publicité

Publié dans humeur

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article