épidémie de suicides sur le lieu de travail chez les enseignants
Fort heureusement, ce titre provocateur relève encore de la fiction. Pour combien de temps encore?
Voici in-extenso un entretien de Christophe Dejours, Titulaire de la chaire de psychanalyse-santé-travail au Conservatoire national des arts et métiers paru dans Le Monde cet été. Il s'exprimait à l'occasion du 20ème suicide chez France Télécom.
"comment réagissez-vous à ce nouveau cas de suicide?
Je suis en colère, car cet évènement souligne une dégradation du "vivre ensemble" chez France Télécom qui, depuis sa privatisation, pratique une réorganisation d'une grande brutalité, d'après les enquêtes dont j'ai eu connaissances. Je suis effondré car cela montre que le travail que nous avons essayé de faire, depuis les premiers suicides au travail, il y a une douzaine d'année, pour favoriser la pris de conscience de la souffrance au travail, est sans effet.
Avez vous rencontré des chefs d'entreprise ouverts à ce sujet?
Oui, mais ils sont rares, car les directions sont très hostiles à ouvrir ce dossier. J'observe toutefois depuis quelques années, qu'elles sont trsès inquiètes, et prennent des initiatives simplistes, comme la création de cellules psychologiques, de numéros verts ou l'organisation de stages de gestion individuelle du stress. Ce ne sont pas de réelles solutions, parce que les suicides relèvent de fragilités individuelles, même si l'entreprise reconnait l'existence de contraintes. Chacun est considéré comme responsable de sa décompensation. Cette vision est fausse: ces suicides sont le plus souvent en lien avec la transformation de l'organisation du travail.
Les fragilités individuelles ne pèsent donc pas?
Chacun a ses fragilités. Il faut cesser de penser l'organisation du travail pour des êtres humains idéaux qui n'existent pas. C'est vrai qu'en général, le salarié qui se suicide a ds difficultés personnelles. Mais expliquer ainsi son geste comme le font les directions, c'est s'appuyer sur l'idée d'une coupure entre vie personnelle et vie au travail. Or, sur le plan psychique, elle n'existe pas. Quand quelqu'un souffre au travail, cela vient dégrader sa vie personnelle.
La crise économique aggrave-t-elle le risque de suicides?
Nous n'avons pas de statistiques, mais la crise ne suffit pas à aggraver ce risque. Ce qui joue, c'est l'absence de remise en question d'une organisation du travail qui produit 300 à 400 suicides par ans et une montée des pathologies mentales.
Que préconisez vous?
Il y a trente ou quarante ans, les harcèlement, les injustices existaient, mais il n'y avait pas de suicide au travail. Leur apparition est liée à la déstructuration des solidarités entre les salariés. Celle-ci ont été broyées par l'évaluation individuelle des performances, qui crée de la concurrence entre les gens, de la haine même. Cette évaluation doit être remise en question, et je connais des entreprises qui le font. Il faut se réinterroger sur ce qu'est le travail collectif, la coopération. Cette dernière passe par l'instauration de règles du métier, qui organisent le "vivre ensemble".
(suicide et travail, que faire? de Christophe Dejours et Florence Bègue chez PUF)
En lisant ça je pensais aux EPEP, à la fin de la carte scolaire, aux évaluations nationales de CE1 et CM2, à la notation selon les résultats des enfants et non plus sur la pédagogie... Notre avenir quoi.
Je pensais à la charte des résistants pédagogiques, aux valeurs de respect et de coopération que nous tentons de transmettre aux enfants, à contre courant de la folie néolibérale qui nous emporte.
Aujourd'hui le DRH, (et peut être futur ministre de l'Education Nationale qui sait?) annonce sans rougir que tout va bien puisque depuis 2000 il y a tous les ans une trentaine de suicides chez France Télécom. 2.5 suicides pour 10.000 employés c'est somme toute assez raisonnable non? Et avant, quand c'était un service public, pas de chiffre, silence radio. Combien est-il payé pour couvrir ces crimes?
Le directeur de France Telecom va aujourd'hui chez Sarko faire semblant de se faire tirer les oreilles, comme un banquier. Ils parleront de tout sauf de l'essentiel bien sûr. Du moment que les médias nous montrent un gentil Sarko qui prend soin de nous, de quoi les futurs suicidés se plaignent ils?
Voici in-extenso un entretien de Christophe Dejours, Titulaire de la chaire de psychanalyse-santé-travail au Conservatoire national des arts et métiers paru dans Le Monde cet été. Il s'exprimait à l'occasion du 20ème suicide chez France Télécom.
"comment réagissez-vous à ce nouveau cas de suicide?
Je suis en colère, car cet évènement souligne une dégradation du "vivre ensemble" chez France Télécom qui, depuis sa privatisation, pratique une réorganisation d'une grande brutalité, d'après les enquêtes dont j'ai eu connaissances. Je suis effondré car cela montre que le travail que nous avons essayé de faire, depuis les premiers suicides au travail, il y a une douzaine d'année, pour favoriser la pris de conscience de la souffrance au travail, est sans effet.
Avez vous rencontré des chefs d'entreprise ouverts à ce sujet?
Oui, mais ils sont rares, car les directions sont très hostiles à ouvrir ce dossier. J'observe toutefois depuis quelques années, qu'elles sont trsès inquiètes, et prennent des initiatives simplistes, comme la création de cellules psychologiques, de numéros verts ou l'organisation de stages de gestion individuelle du stress. Ce ne sont pas de réelles solutions, parce que les suicides relèvent de fragilités individuelles, même si l'entreprise reconnait l'existence de contraintes. Chacun est considéré comme responsable de sa décompensation. Cette vision est fausse: ces suicides sont le plus souvent en lien avec la transformation de l'organisation du travail.
Les fragilités individuelles ne pèsent donc pas?
Chacun a ses fragilités. Il faut cesser de penser l'organisation du travail pour des êtres humains idéaux qui n'existent pas. C'est vrai qu'en général, le salarié qui se suicide a ds difficultés personnelles. Mais expliquer ainsi son geste comme le font les directions, c'est s'appuyer sur l'idée d'une coupure entre vie personnelle et vie au travail. Or, sur le plan psychique, elle n'existe pas. Quand quelqu'un souffre au travail, cela vient dégrader sa vie personnelle.
La crise économique aggrave-t-elle le risque de suicides?
Nous n'avons pas de statistiques, mais la crise ne suffit pas à aggraver ce risque. Ce qui joue, c'est l'absence de remise en question d'une organisation du travail qui produit 300 à 400 suicides par ans et une montée des pathologies mentales.
Que préconisez vous?
Il y a trente ou quarante ans, les harcèlement, les injustices existaient, mais il n'y avait pas de suicide au travail. Leur apparition est liée à la déstructuration des solidarités entre les salariés. Celle-ci ont été broyées par l'évaluation individuelle des performances, qui crée de la concurrence entre les gens, de la haine même. Cette évaluation doit être remise en question, et je connais des entreprises qui le font. Il faut se réinterroger sur ce qu'est le travail collectif, la coopération. Cette dernière passe par l'instauration de règles du métier, qui organisent le "vivre ensemble".
(suicide et travail, que faire? de Christophe Dejours et Florence Bègue chez PUF)
En lisant ça je pensais aux EPEP, à la fin de la carte scolaire, aux évaluations nationales de CE1 et CM2, à la notation selon les résultats des enfants et non plus sur la pédagogie... Notre avenir quoi.
Je pensais à la charte des résistants pédagogiques, aux valeurs de respect et de coopération que nous tentons de transmettre aux enfants, à contre courant de la folie néolibérale qui nous emporte.
Aujourd'hui le DRH, (et peut être futur ministre de l'Education Nationale qui sait?) annonce sans rougir que tout va bien puisque depuis 2000 il y a tous les ans une trentaine de suicides chez France Télécom. 2.5 suicides pour 10.000 employés c'est somme toute assez raisonnable non? Et avant, quand c'était un service public, pas de chiffre, silence radio. Combien est-il payé pour couvrir ces crimes?
Le directeur de France Telecom va aujourd'hui chez Sarko faire semblant de se faire tirer les oreilles, comme un banquier. Ils parleront de tout sauf de l'essentiel bien sûr. Du moment que les médias nous montrent un gentil Sarko qui prend soin de nous, de quoi les futurs suicidés se plaignent ils?
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